Lettres ouvertes

En France, dès qu'on parle d'allaitement maternel et/ou de maternage, on éveille des culpabilités, des peurs irrationnelles, des diktats. C'est que nous sommes, depuis des siècles, dans une culture de séparation et de non-allaitement : pour tenir leur rang social, les femmes donnaient leurs enfants à des nourrices, puis à des éducateurs ; cette coutume a perduré en France jusqu'au 20ème siècle, bien au-delà de ce qui se pratiquait en Europe où les nourrices ont été interdites dès le début du 19ème siècle.

Par ailleurs, les travaux scientifiques sur la physiologie de la lactation et sur les impacts biologiques, physiques et psychoaffectifs de l'allaitement maternel sont très peu enseignés aux professionnel(le)s de santé et sont très peu connus du public. Il en est de même pour les travaux sur le maternage et sur l'attachement. Rien d'étonnant alors que l'on soit, en France, si peu performant en matière d'allaitement et d'accueil du nouveau-né par rapport aux autres pays d'Europe. Rien de surprenant que les débats autour de l'allaitement maternel deviennent vite passionnels et irrationnels, y compris chez des professionnels et y compris chez des intellectuels.

Le but de la CoFAM est de « protéger » l'allaitement maternel et de soutenir les femmes qui souhaitent allaiter. La moindre des choses que pourrait faire notre Société, c'est d'abord de permettre aux femmes de faire un choix « éclairé » à partir de données objectives et validées scientifiquement, puis d'aider les jeunes mères à allaiter le temps qu'elles souhaitent.

Et, simultanémént, laissons tranquilles les femmes qui ont fait le choix éclairé de ne pas allaiter.

C'est dans cet état d'esprit que le Dr Pilliot, puis Aurélie Serry, présidents successifs de la CoFAM, ont réagi ouvertement, au fil du temps, à des propos délétères sur l'allaitement et/ou sur l'attachement, diffusés par des professionnels ou par des intellectuels largement médiatisés.



A propos de la sortie de son livre « Les Pères et les Mères », Dr Aldo NAOURI, pédiatre, a été interviewé dans L’Express du 19 avril 2004 et dans le « Elle » du 26 avril. Ses propos sont troublants et sans appui scientifique.

En quelques décennies, les progrès médicaux ont été spectaculaires et les petits n’ont jamais été en si bonne santé physique, mais les problèmes comportementaux sont de plus en plus préoccupants. Pour Mr Aldo Naouri, si les enfants vont mal, c’est à cause des mères à la fois toutes-puissantes et angoissées et à cause des pères désorientés ou trop maternants. Son livre et ses interventions médiatiques sont comme un cri d’alarme contre la toute-puissance des mères et l’absence de contre-pouvoir masculin. « Si on protège la mère de ce besoin de sursatisfaire son enfant, elle pourra investir sa féminité et s’intéresser aux besoins de l’autre, son homme ». « Il faut protéger les générations montantes » poursuit Mr Naouri, et pour ce faire il préconise la frustration dès la naissance : en pratique, il suffit de « nourrir les enfants à heures et en quantités fixes ».

Ces propos ne tiennent pas compte des données récentes de l’ANAES (nommée actuellement HAS), ni des études de comportement, ni du rôle constructeur du maternage. On peut concevoir qu’il faille parfois exhorter les pères et les mères à jouer leur rôle, mais n’est-il pas inutile ou dangereux de jouer avec une telle culpabilisation ?

Le Dr Marc Pilliot, Président de la CoFAM, réagit devant de tels propos et prend la défense des parents.

Vous trouverez ci-dessous sa lettre ouverte à Mr Aldo Naouri.

A télécharger : Lettre ouverte au Dr Aldo Naouri