Bien souvent les échanges entre parents provoquent discussions et réflexions. La présentation qui suit est issue d'un de ces échanges, d'une demande de références scientifiques concernant l'effet protecteur de l'allaitement maternel sur la santé de la mère et plus précisément la prévention du cancer du sein.

Facteurs de risques et de protection :

Les facteurs de risque de cancer du sein sont:

  • Age
  • Obésité IMC > 35 RR 2
  • Alcool RR 1.3
  • Tabac (controversé)
  • puberté précoce avant 11 ans RR 3
  • Ménopause tardive après 54 ans RR 2
  • Nulliparité RR 3
  • Contraception orale (controversée)
  • Traitement hormonal substitutif durant plus de 10 ans RR 1.35
  • Mutations géniques en particulier BRCA1 et BRCA2

Les facteurs de protection du cancer du sein sont:

  • l’exercice physique
  • la grossesse menée à terme et en particulier précoce :
    • la naissance d’au moins 1 enfant diminue de 25% le risque de cancer du sein
    • la naissance du 1er enfant avant 20 ans diminue de 30% le risque de cancer du sein par rapport à la naissance du 1er enfant après 35 ans ; 

Concernant l’effet protecteur de l’allaitement sur le cancer du sein, les nombreuses études existantes apportent des résultats hétérogènes du fait de biais méthodologiques. Cependant, plusieurs études et méta-analyses démontrent :

  • Une diminution de 33% du risque de cancer du sein chez les femmes ayant allaité 25 mois et plus au total, après ajustement de l’âge,de la parité et de l’âge de la 1ère grossesse à terme. (1)
  • Des différences encore plus significatives en raison d’écarts plus importants entre les populations en bas et haut risque :
  • RR 3,22 entre le non allaitement et l’allaitement plus de 5 ans
  • RR 2,86 entre une 1ère grossesse avant 20 ans par rapport à une 1ère grossesse après 30 ans (2)
  • Une diminution du risque de cancer de 4.3% par année d’allaitement (3)

Les travaux d’investigation menés par les groupes de travail du  PNNS (4) et de l’ANSES (5) ont conclu que “L’allaitement diminue de manière convaincante le risque du cancer du sein chez la mère.”

L’exposition aux hormones sexuelles (oestrogènes et androgènes ) étant un facteur de risque de cancer, l’aménorrhée durant l’allaitement, en permettant la diminution de ces hormones, réduit le risque de cancer du sein.

Une autre raison évoquée est l’élimination de cellules potentiellement porteuses de lésions de l’ADN. En effet il y a une exfoliation du tissu mammaire au cours de  la lactation. L'involution de la glande mammaire en fin d’allaitement entraîne une mort cellulaire massive.

Ainsi la diminution du cancer du sein avant et après la ménopause a été jugée convaincante.

Mais plus récemment, une étude (6) a mis en avant l’influence du TRAIL (tumor-necrosis-factor related apoptosis inducing ligand),  une cytokine qui induit ;le processus par lequel des cellules cancéreuses déclenchent leur auto-destruction en réponse à un signal: l’apoptose. Ceci sans toucher aux cellules saines.

Le but de cette étude était de le rechercher dans le colostrum et le lait humains, ainsi que dans les formules lactées commerciales.

“Cette étude a été menée auprès de mères qui avaient accouché dans un service de maternité de Trieste (Italie). Elles étaient en bonne santé, et avaient accouché à terme d’un bébé en bonne santé. Les dossiers des mères et des nouveau-nés ont été analysés. Entre 24 et 48 heures post-partum, les mères ont exprimé 1 ml de colostrum. D’autres échantillons ont été prélevés entre 72 et 120 heures post-partum chez des mères qui avaient accouché par césarienne, et qui restaient plus longtemps en maternité. On a recherché le TRAIL à l’aide d’une méthode immuno-enzymatique dans tous ces échantillons, ainsi que dans 7 types de formules lactées commerciales liquides prêtes à l’emploi de 5 marques différentes.

55 mères ont donné du colostrum, 10 d’entre elles ont également donné du lait à J4-J5, et 7 mères ont donné uniquement du lait à J4-J5. Le taux colostral de TRAIL était en moyenne de 19,87 ng/ml (1,50 à 298,16ng/ml). Le mode d’accouchement n’avait aucun impact significatif sur ce taux. Le taux lacté moyen était de 9,57 ng/ml. Il était intéressant de constater que le taux lacté et plus encore le taux colostral étaient considérablement plus élevés que le taux sérique de TRAIL constaté dans un groupe témoin de femmes d’âge similaire et en bonne santé (64 pg/ml). Le TRAIL était indétectable dans tous les échantillons de formules lactées commerciales analysés.

Cette étude est la première à mesurer le taux de TRAIL dans le colostrum et le lait humains. Elle démontre que le TRAIL y est présent à un taux considérablement plus élevé que le taux sérique (plus de 400 fois plus élevé). Même si ce taux baissait dans les jours qui suivaient la naissance, ils restaient bien plus élevés que le taux sérique, et ce taux était suffisant pour avoir un impact anticancéreux. En revanche, il était absent des formules lactées commerciales. On avait déjà constaté la présence dans le lait humain d’autres protéines ayant une action anti-tumorale, comme la HAMLET. Toutefois, au vu de l’importante activité anticancéreuse du TRAIL, qui est actuellement utilisé dans de nombreuses études évaluant son impact sur divers cancers, le TRAIL est un bon candidat pour expliquer le fait que l’allaitement est corrélé à une baisse du risque de certains cancers. À noter que certaines souches de lactobacilles induisent la production de TRAIL, et pourraient donc aciliter son activité apoptotique.”

Sources :

1-The independant associations of parity, age at firth full term pregnacy, and duration of breast feeding with the risk of breast cancer PM Layde, LA Webster, AL Baughman, and al J Clin Epidemiol 42 (1989) p 963-973

2- Etude turque de cas témoins  Risk factors for breast cancer in Turkish women with early pregnancy, and long-lasting lactation : a case controlstudy (B.Kuru, C.Osaslan, P.Ozdemir et al ; Acta oncol 2002 41(6) 556-561)

3- Breast cancer and breastfeeding : collaborative reanalysis of individual data from 47 epidemiological studies in 30 countries, including 50302 women with breast cancer and 96973 women without the disease (Lancet 360 (2002) (9328) p 187-195)

4- Nutrition et prévention des cancers, des connaissances scientifiques aux recomandations

5- Nutrition et cancer Rapport d’expertise collective Édition scientifique Mai 2011 ANSES

6- Human colostrum and breast milk contain high levels of TNF-related apoptosis-inducing ligand (TRAIL). Davanzo R, Zauli G, Monasta L et al.(J Hum Lact 2013 ; 29(1) : 23-5. Mots-clés : colostrum, lait humain, apoptose, anticancéreux, TRAIL.)